Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

beaux-arts & arts graphiques

Du nouveau au MARQ

10 Mars 2020, 16:43pm

Publié par AMA

Suite à la rénovation muséographique de son parcours XIXe, le MARQ a le plaisir de vous annoncer la réouverture de la dernière section du niveau 2.

Cet accrochage met en valeur les œuvres de nos collections datées des années 1870 à 1910.

Les trois alcôves déclinent des thématiques liées à la fin du XIXe siècle telles que le symbolisme, l'art nouveau, la mode, le thermalisme. Des artistes majeurs de cette période sont mis en avant:  Camille Claudel avec sa Tête de Louise Claudel, Edgar Degas et Auguste Rodin à travers les sculptures de Paul Paulin.

Ce ré-accrochage est également l'occasion de présenter l'acquisition récente du MARQ : La Source. Etude pour la décoration des thermes de Vichy, d'Alphonse OSBERT (1903, huile sur toile, 75 x 48,5 cm), artiste symboliste dont l'œuvre est étroitement lié à l'Auvergne. Des démarches ont été initiées auprès du musée d'Orsay qui possède un important fond de cet artiste afin d'obtenir quatre œuvres en dépôt, dont deux prendraient place dans la première alcôve.

Voir les commentaires

Le Portrait de la duchesse d’Orléans

25 Septembre 2019, 17:52pm

Publié par Catherine Cardinal, Professeur en histoire de l’art à l’université Clermont-Auvergne

par Elisabeth Louise Vigée Lebrun, 1789.

Un trésor national exposé au Musée d’art Roger-Quilliot.

L’importance historique du personnage, la qualité picturale de l’oeuvre, le prestige de sa provenance, la célébrité de son auteur justifient l’intérêt manifesté pour le Portrait de la duchesse d’Orléans classé « trésor national » au moment de la mise aux enchères, à Paris, en 2015, des collections du comte de Paris dont il faisait partie. Retiré de la vente publique organisée par la maison Sotheby’s, il fut acquis de gré à gré par la Banque de France qui a choisi de le déposer au MARQ durant trois ans.

Le Portrait de la duchesse d’Orléans

L’existence tourmentée de Marie Adélaïde de Bourbon-Penthièvre

Arrière-petite-fille de Louis XIV et de Madame de Montespan, petite-fille du comte de Toulouse, Marie Adélaïde de Bourbon-Penthièvre (1753-1821) est la fille du duc de Penthièvre (1725-1793) et de Marie-Thérèse-Félicité d’Este (1726-1754)i. En 1769, à tout juste 16 ans, elle épouse le duc de Chartres (1747-1793), fils aîné du duc d’Orléans, et s’installe au Palais-Royal. Elle donne naissance, entre 1771 et 1779, à six enfants dont Louis-Philippe (1773-1850). A la mort de son beau-père, en 1785, la duchesse de Chartres prend le titre de duchesse d’Orléans.ii

Richement dotée, affiliée à la branche cadette de la royauté, elle aurait pu mener une existence brillante et insouciante. Au contraire, les difficultés de son union, les années de la Révolution, la prise du pouvoir par Bonaparte sont autant de circonstances qui l’éprouvent. A peine mariée, elle doit supporter la liaison de son mari avec l’une de ses dames de compagnie, la comtesse de Genlis, et souffrir que celle-ci, nommée gouvernante de ses enfants, les éduque à sa convenance. En juillet 1792, elle se sépare officiellement du duc auquel elle reproche, outre son inconstance et sa main mise sur sa progéniture, son engagement patriotique. En septembre de la même année, elle pleure la mort atroce de la princesse de Lamballe, sa belle-sœur puis, en 1793, elle est confrontée à l’exécution de son mari, devenu Philippe Egalité. Suspectée, la veuve Egalité est incarcérée au Luxembourg puis libérée après la chute de Robespierre. Très affaiblie, elle choisit, en septembre 1794, d’être pensionnaire de la maison Belhomme, rue de Charonne, où elle rencontre Jacques-Marie Rouzet, député de la Convention, qui devient son compagnon. Le coup d’état du 4 septembre 1797 la contraint de s’exiler jusqu’en 1814 ; elle se réfugie en Espagne, avec Rouzet, puis aux Baléares. C’est là qu’elle revoit son fils Louis-Philippe qui lui demande l’autorisation de se marier avec Marie-Amélie de Bourbon-Siciles. Elle décède en 1821 au château d’Ivry-sur-Seine. Son fils Louis-Philippe est proclamé roi de France en juillet 1830.

La finesse des traits, la grâce de la silhouette, l’élégance des toilettes de la duchesse sont connus à travers plusieurs portraits. L’un daté de 1777, signé par Duplessis, conservé au musée Condé, à Chantilly, la montre dans une pose nonchalante et songeuse, déjà vêtue d’une simple robe blanche.iii Sa douceur, sa piété, sa bienfaisance et son courage sont soulignés dans de nombreux témoignages contemporains.

 

La duchesse d’Orléans et Elisabeth Louise Vigée Lebrun

Les liens d’Elisabeth Louise Vigée Lebrun (1755-1842) avec la duchesse d’Orléans, née deux ans avant elle, sont antérieurs à 1789, date d’exécution du présent portrait. Ils remontent à vingt ans plus tôt, alors que l’artiste habite la rue Saint-Honoré, face au Palais-Royal. Après lui avoir demandé de peindre son portrait, la duchesse loue son talent avec un tel zèle que « toutes les grandes dames de la cour et du faubourg Saint-Germain » la sollicitentiv. En 1778, Vigée Lebrun la représente une seconde fois ainsi qu’elle le mentionnev.

En 1789, Marie-Adélaïde comme Elisabeth subissent les prémices des violences de la Révolution. La duchesse en est la spectatrice directe dans son palais où rôdent, à travers les galeries, des révolutionnaires sans doute soutenus par son époux. Quant à la portraitiste, considérant la gravité des événements survenus depuis le printemps et sa trop grande proximité avec la reine, elle est persuadée qu’elle doit émigrer. Au mois d’août, elle participe néanmoins au salon de l’Académie. Plusieurs portraits lui assurent un vif succès, en particulier celui de la duchesse d’Orléans. « C’est une divinité, mon ami, s’exclame l’Enthousiaste du Salon, chacun s’y arrête et admire avec une vénération profonde cette vertueuse femme, l’idole de la France. » « Madame Le Brun a parfaitement saisi le caractère de cette Princesse ; elle a peint à la fois cet air de bonté et cette sensibilité profonde que porte son âme. »vi Une telle réussite explique la réalisation de deux répliques sur toile, appartenant au château de Versailles, dont l’une est visible au musée Longchamp, à Marseille.

Le salon de 1789 clôt en beauté la carrière parisienne de l’artiste. Outre le portrait de la duchesse, signé « Louise Le Brun f. 1789 », elle expose des portraits remarquables par l’originalité de leur composition et leur force d’expression. Citons son Autoportrait avec Julie « à l’antique», le Portrait d’Hubert Robert, celui de Madame Rousseau et sa fille, tous trois conservés au musée du Louvre, le Portrait de Madame Perregaux, appartenant à la Wallace Collection. Dans la nuit du 6 octobre, alors que le couple royal vient d’être contraint de venir à Paris, l’artiste prend une diligence qui la conduit à Lyon puis en Italie par le Mont-Cenisvii. Après Parme, Bologne, Florence, elle est accueillie avec enthousiasme à Rome où elle retrouve le peintre François-Guillaume Ménageot, directeur de l’Académie de France, et de nombreux amis immigrés comme le comte de Vaudreuil et la duchesse de Polignac.viii Elle dira : « En tout, j’ai prodigieusement travaillé à Rome pendant les trois ans que j’ai passés en Italie. » Durant cette période, Marie-Adélaïde passe l’hiver 1789 au Palais-Royal, heureuse d’être entourée de ses enfants bien-aimés mais agacée par la présence de Mme de Genlis, puis elle connaît d’innombrables souffrances et privations, au moins jusqu’à la fin de l’année 1794.ix

 

Un portrait intime, élégant, sensible

Assise sur un canapé, le bras gauche appuyé sur un coussin, la main soutenant son visage, l’autre bras mollement posé sur sa cuisse, la duchesse paraît fixer son interlocuteur ou plutôt être absorbée dans sa rêverie. Elle porte une robe chemise, en mousseline blanche plissée, dont le haut est couvert d’une veste, en satin blanc boutonnée, qui laisse apparaître une ceinture à pampilles ornée d’un médaillon peint en grisaille, à l’imitation d’un camée, richement encadré. Un fichu enroulé sur sa tête, assorti à sa robe, retient sa longue chevelure bouclée et dégage ses oreilles parées de créoles à pendeloque en or. L’harmonie des nuances de blanc, gris et or est mise en valeur par les rouges carmin du siège et le fond simplement frotté d’une « couleur absente, c’est-à-dire grise ou verdâtre »x. Les cinq boutons en or qui sont visibles, la ceinture-bijou, le ruban doré de la robe, les galons également dorés de la veste accentuent le raffinement de la toilette. Le camée sous verre en trompe-l’œil est sans doute une œuvre de Jacques-Joseph de Gault (vers 1738-1817), notamment connu pour ses médaillons ornant le serre-bijoux de la reine Marie-Antoinette réalisé en 1787. Il représente l’héroïne d’un roman à succès, Voyage sentimental à travers la France et l’Italie de Laurence Sterne, paru en 1768, Maria.xi Accablée de tristesse par la mort de son mari, fidèlement accompagnée de son chien, elle est consolée grâce à l’amitié du personnage principal, Yorrick.xii La figure, drapée à l’antique, la tête inclinée dans une attitude mélancolique, reflète sans nul doute l’état d’âme du modèle de Vigée Lebrun.

La duchesse est habillée selon une mode répandue depuis quelques années, inspirée par la simplicité à la grecque. En 1788, Jacques-Louis David a ainsi représenté la femme de Lavoisier dans le monumental portrait en pied du Metropolitan Museum of Art, à New-York, qui la montre auprès de son époux. La portraitiste est particulièrement attachée à ce genre de robe appelée « gaulle » comme elle le raconte dans ses Souvenirssxiii. Ses autoportraits et plusieurs portraits comme ceux de La reine Marie-Antoinette (1783), de La comtesse de Provence (1782) et de La comtesse du Barry (1781) sont à rapprocher de celui de la duchesse. Remarquons que Marie-Adélaïde porte sa robe d’une manière pudique, assortie d’une veste à moitié fermée. Son fichu noué est aussi caractéristique des portraits de Vigée Lebrun qui détestait les chevelures poudrées et apprêtées ; notons que le nœud est rentré pour donner l’effet d’un turban.

En cheveux, vêtue d’un déshabillé, oisive, mélancolique, Marie-Adélaïde se laisse voir dans son intimité. L’artiste a donné en 1793 une attitude mélancolique similaire à la princesse Esterhâzy souffrant elle aussi des infidélités de son mari. L’arrangement du gros coussin assorti au canapé se retrouve dans les portraits de La comtesse de La Châtre, réalisé également en 1789, et de La comtesse Ekaterina Vladimirovna Aprasina, datant de 1796 qui, elles, plus assurées, appuient leurs mains croisées sur le coussin.xiv Par sa sobre élégance à l’antique, le portrait de la duchesse d’Orléans illustre remarquablement la conception néoclassique du genre partagée par David, Labille Guiard et Vigée Lebrunxv.

 

 
Le Portrait de la duchesse d’Orléans

Cet article est paru dans la

version papier de la Lettre de l'AMA

i Notons que Marie-Adélaïde naît dans l’hôtel de Toulouse, actuel siège de la Banque de France.

ii Voir Michel de Decker, La duchesse d’Orléans, épouse de Philippe-Egalité, mère de Louis-Philippe, Paris, 2001. L’auteur a réuni de nombreuses sources ; malheureusement, aucune note ne permet de se reporter à des références.

iii Nicole Garnier-Pelle, Les tableaux de Chantilly. La collection du duc d’Aumale, Paris, 2009, p. 220.

iv Elisabeth Vigée-Lebrun, Souvenirs, une édition féministe de Claudine Herrmann, Paris, 2005, tome 1, p. 38.

v Tome 2 de ses Souvenirs, p. 336. Ce portrait pourrait être celui d’une collection particulière, présenté dans l’exposition du Grand-Palais consacrée à Vigée-Lebrun en 2015 (cat. 43).

vi Les Elèves au Salon ou l’Amphigouri, Paris, Lecomte, 1789, p. 21-23.

vii Voir op. cit., note 3, p.144-148.

viii Idem, p. 151-168.

ix Op. cit., note 2, p. 117-180.

x Elisabeth Vigée-Lebrun, Conseils pour la peinture du portrait, Paris, 1997, éd. Rumeur des Ages, p. 11. Voir aussi dans le tome 1, op. cit., note 3, p. 324.

xi Nous reprenons ici l’identification mentionnée dans la notice de présentation du MARQ. De nombreuses représentations de Maria se rapprochent de celle du camée.

xii Le mot « amitié » est inscrit près du chien, symbole de fidélité.

xiii Idem, p. 93.

xiv Elisabeth Louise Vigée Lebrun, catalogue d’exposition, Grand Palais, Paris, septembre 2015-janvier 2016, se référer successivement aux numéros 116, 66, 126.

xv Pensons aux portraits de Lavoisier et sa femme, de La comtesse de Thélusson, de Mme de Verninac par David, de la duchesse d’Aiguillon par Labille-Guiard, vendu par Sotheby’s en 2018.

 

Voir les commentaires

Les oeuvres du MARQ voyagent

27 Mai 2019, 15:57pm

Publié par AMA

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 > >>