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UNE AQUARELLE D'ALBERT GLEIZES POUR LE MARQ

24 Novembre 2018, 17:06pm

Publié par AMA

Le MARQ enrichit sa collection en remportant aux enchères, le 21 novembre 2018, un dessin à l'aquarelle d'Albert GLEIZES (1881-1953), artiste fondateur du cubisme. L’œuvre est inspirée par les Pensées de Blaise PASCAL.

Albert GLEIZES, L'homme parmi les nombres et les symboles, 1951, aquarelle sur papier collé sur carton, 49,5 x 34 cm © DR

Albert GLEIZES, L'homme parmi les nombres et les symboles, 1951, aquarelle sur papier collé sur carton, 49,5 x 34 cm © DR

Lors d'une vente aux enchères organisée par la maison Blanchet et associés à l'hôtel Drouot (Paris), mercredi 21 novembre, le musée d'art Roger-Quilliot a acquis une aquarelle d'Albert GLEIZES intitulée « L'homme parmi les nombres et les symboles », réalisée en 1950 (aquarelle sur papier collé sur carton, signée et datée, 49,5 x 34 cm). L’œuvre a été emportée pour 5 000 euros au marteau.

 

Cette très belle aquarelle est inspirée par les illustrations que Gleizes réalisa de 1948 à 1950 pour une édition de bibliophilie des Pensées de Blaise Pascal, à l'instigation de l'éditeur Jacques Klein, fondateur des éditions de la Cigogne. La Bibliothèque du Patrimoine de Clermont Auvergne Métropole possède deux exemplaires de cette édition illustrée, considérée comme l'une des plus belles réussites de l'illustration mystique au XXe siècle.

 

L'aquarelle de Gleizes rejoint l'ensemble d’œuvres d'art relatives à la figure de Blaise Pascal déjà conservé au MARQ, comme la sculpture de Pascal en terre cuite par Augustin Pajou, datée vers 1779, ou le grand marbre représentant Pascal présenté par Claude Ramey au Salon de 1824.

 

Cette acquisition renforce aussi la collection d'art du XXe siècle du MARQ, en y faisant entrer un artiste important, qui n'était pas encore présent dans les fonds clermontois, et qui eut une influence sur la peinture figurative du XXe siècle, bien représentée au MARQ par la collection Combe.

Peintre, dessinateur, graveur, philosophe et théoricien, Albert Gleizes est l'un des fondateurs du cubisme à la fin des années 1900, aux côtés de Georges Braque, Pablo Picasso, Auguste Herbin ou Fernand Léger. Cette démarche esthétique pionnière restera lisible dans toute sa production, jusque dans les années 1950. Le sacré prend, dès la fin de la Première Guerre mondiale, une place privilégiée dans sa production : il traduit alors en langage cubiste les thèmes chrétiens. À la fin de sa vie, installé aux Méjades près de Saint-Rémy-de-Provence, il est sollicité par l'éditeur Jacques Klein pour illustrer une édition à 235 exemplaires des Pensées de Pascal. Gleizes conçoit 57 illustrations qui seront réalisées à l'eau-forte. Profondément inspiré par les écrits de Blaise Pascal, Gleizes réalise ensuite des dessins à l'aquarelle, inspirés par ces eaux-fortes créées en noir et blanc pour le livre. L'aquarelle intitulée « L'homme parmi les nombres et les symboles » reprend la composition de la gravure figurant en page 14 du livre. Elle était jusqu'à présent préservée dans l'entourage de l'artiste.

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Une fougueuse peinture d’histoire pour Clermont

1 Octobre 2018, 10:18am

Publié par Christophe BEYELER,

le musée marqué par la figure de Desaix s’enrichit de la Bataille de Marengo traitée par Godefroy

Jean Godefroy : La Bataille de Marengo, Salon de 1834. Huile sur toile, 46,50 x 96 cm. Acquisition en vente publique. Clermont-Ferrand, musée d’art Roger-Quilliot [MARQ], inv. 2016.5.1. (cliché Florent Giffard).

Jean Godefroy : La Bataille de Marengo, Salon de 1834. Huile sur toile, 46,50 x 96 cm. Acquisition en vente publique. Clermont-Ferrand, musée d’art Roger-Quilliot [MARQ], inv. 2016.5.1. (cliché Florent Giffard).

  Né à Londres de parents français, Jean Godefroy (1771-1839), élève de Martel et de Simon, fut un graveur et un peintre. Remarqué en 1813 pour la gravure qu'il exécuta d'après la Bataille d'Austerlitz peinte par François Gérard, il ambitionna, sous la Monarchie de Juillet, de donner, quelque trente ans plus tard, à cette composition un pendant qu'il exposa au Salon de 1834, et que le musée d’art Roger-Quilliot a récemment acquis fort judicieusement1.

Une peinture de la main d’un graveur

  L’origine de l’œuvre est peu banale. Une gravure naît d’ordinaire de la copie, plus ou moins fidèle, d’un tableau préexistant – c’est précisément ainsi qu’agit Jean Godefroy en 1813 pour la Bataille d'Austerlitz, à partir de la scène imaginée par François Gérard. Dans le cas de la Bataille de Marengo, la démarche est exactement inverse, comme le relate son biographe Paul Lacroix2  :

« Il [Jean Godefroy] s'occupa ensuite de retoucher sa planche de la Bataille d'Austerlitz, et il espérait se reposer en jouissant de l'honnête aisance que son travail lui avait acquise. Mais des spéculations que les événements de 1830 rendirent malheureuses, le forcèrent de reprendre, en 1830, le pinceau qu'il avait abandonné depuis tant d'années. Il peignit un tableau de chevalet, représentant la Bataille de Marengo, pour faire pendant à la Bataille d'Austerlitz. Ce tableau, qui fut exposé au Salon de 1834, attira la foule pendant toute la durée de l'exposition. Il se mit ensuite à le graver, et il en avait presque terminé l'eau-forte, quand la mort vint le surprendre au milieu de son travail. »3

 

Le premier consul à l’honneur

  Une disposition en frise distingue deux groupes et une figure isolée. Sur le côté gauche est la masse de l’état-major français, bariolé de nombreuses coiffes, bicornes emplumés de tricolore, casque à crinière et bonnets d’ourson. En avant de cet état-major, Bonaparte monte avec une aisance souveraine son cheval, juché avec naturel sur une selle reposant sur un tapis pourpre rehaussé d’or, qui se détache sur la robe blanche de sa monture. Ce cheval, au profil accusé, se dresse sur ses deux jambes arrière, campé en une attitude qui relève plus d’une statue équestre que d’une galopade réelle sur un champ de bataille. Sur le côté droit, des soldats français apportent des drapeaux autrichiens frappés de l’aigle bicéphale.


   Le premier plan est jonché d’un affût de canon démonté, de cadavres, de préférence en uniforme de l’armée autrichienne. Au tout premier plan, un homme assis, vêtu d’un uniforme vert, agonise, pleuré par une cantinière dotée d’un bidon. C’est Desaix, en un contrepoint doloriste à la parade triomphale de Bonaparte suivi de son état-major. À l’arrière-plan, sous les jambes antérieures du cheval du premier consul, se déroule la bataille. Le ciel occupe un tiers de la composition, marquée par un grand nuage blanc au centre duquel se détache la figure de Bonaparte, en évidence au point d’éclipser le fidèle Desaix en partie dans l’ombre.

 

Une harmonieuse insertion dans les collections du musée de Clermont


  Cette œuvre singulière rejoint d’autres œuvres liées à la figure de Desaix dans la collection du musée d’art Roger-Quilliot : La Mort de Desaix (marbre blanc, 1,75 x 2,77 x 0,60 m), un groupe monumental commandé en 1801 à Joseph Chinard par la Ville de Clermont-Ferrand pour orner la Fontaine Desaix, laissé inachevée et jamais mise en place, et La Mort du général Desaix, grand format (huile sur toile, 3,22 m x 2,59 m), réplique peinte vers 1810 par Jean-Baptiste Regnault (dépôt du musée du Louvre à Clermont-Ferrand en 1872).

 

Une fougueuse peinture d’histoire pour Clermont
Une fougueuse peinture d’histoire pour Clermont

  Sur les cimaises du musée, l’œuvre joue tout naturellement avec d’autres sujets liés à la Révolution, tels que La Mort d’un chef vendéen ou L’envahissement de l’Assemblée le 1er prairial an III (20 mai 1795), esquisse présentée par Thomas Degeorge au concours de 1831 pour orner la Chambre des députés sous la Monarchie de Juillet naissante.

Une fougueuse peinture d’histoire pour ClermontUne fougueuse peinture d’histoire pour Clermont

Christophe Beyeler est Conservateur en chef du patrimoine chargé du musée Napoléon Ier et du cabinet napoléonien des arts graphiques au Château de Fontainebleau.

[article publié dans la Lettre de l'AMA n°29]

 


1/ Je remercie Amandine Royer, conservatrice et directrice adjointe du MARQ, pour sa réactivité et sa générosité à partager sa documentation.

2/ Dans une étude en deux parties : « Jean Godefroy, peintre et graveur », Revue universelle des arts, 1862, tome 16, biographie p. 22-34 et catalogue de l’œuvre 96-107.

3/  Ibid., p. 33-34.

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Une fougueuse peinture d’histoire pour Clermont :

1 Septembre 2018, 20:59pm

Publié par Christophe BEYELER

le musée marqué par la figure de Desaix s’enrichit de la Bataille de Marengo traitée par Godefroy

 

  Né à Londres de parents français, Jean Godefroy (1771-1839), élève de Martel et de Simon, fut un graveur et un peintre. Remarqué en 1813 pour la gravure qu'il exécuta d'après la peinte par François Gérard, il ambitionna, sous la Monarchie de Juillet, de donner, quelque trente ans plus tard, à cette composition un pendant qu'il exposa au Salon de 1834, et que le musée d’art Roger-Quilliot a récemment acquis fort judicieusement[1].

Une peinture de la main d’un graveur

  L’origine de l’œuvre est peu banale. Une gravure naît d’ordinaire de la copie, plus ou moins fidèle, d’un tableau préexistant – c’est précisément ainsi qu’agit Jean Godefroy en 1813 pour la Bataille d'Austerlitz, à partir de la scène imaginée par François Gérard. Dans le cas de la Bataille de Marengo, la démarche est exactement inverse, comme le relate son biographe Paul Lacroix[2] :

« Il [Jean Godefroy] s'occupa ensuite de retoucher sa planche de la Bataille d'Austerlitz, et il espérait se reposer en jouissant de l'honnête aisance que son travail lui avait acquise. Mais des spéculations que les événements de 1830 rendirent malheureuses, le forcèrent de reprendre, en 1830, le pinceau qu'il avait abandonné depuis tant d'années. Il peignit un tableau de chevalet, représentant la Bataille de Marengo, pour faire pendant à la Bataille d'Austerlitz. Ce tableau, qui fut exposé au Salon de 1834, attira la foule pendant toute la durée de l'exposition. Il se mit ensuite à le graver, et il en avait presque terminé l'eau-forte, quand la mort vint le surprendre au milieu de son travail. »[3]

la bataille de Marengo, penture par Jean Godefroy et la bataille d'Austerlitz, gravure par le même d'après François Gérard
la bataille de Marengo, penture par Jean Godefroy et la bataille d'Austerlitz, gravure par le même d'après François Gérard

la bataille de Marengo, penture par Jean Godefroy et la bataille d'Austerlitz, gravure par le même d'après François Gérard

 

Le premier consul à l’honneur

   Une disposition en frise distingue deux groupes et une figure isolée. Sur le côté gauche est la masse de l’état-major français, bariolé de nombreuses coiffes, bicornes emplumés de tricolore, casque à crinière et bonnets d’ourson. En avant de cet état-major, Bonaparte monte avec une aisance souveraine son cheval, juché avec naturel sur une selle reposant sur un tapis pourpre rehaussé d’or, qui se détache sur la robe blanche de sa monture. Ce cheval, au profil accusé, se dresse sur ses deux jambes arrière, campé en une attitude qui relève plus d’une statue équestre que d’une galopade réelle sur un champ de bataille. Sur le côté droit, des soldats français apportent des drapeaux autrichiens frappés de l’aigle bicéphale.
   Le premier plan est jonché d’un affût de canon démonté, de cadavres, de préférence en uniforme de l’armée autrichienne. Au tout premier plan, un homme assis, vêtu d’un uniforme vert, agonise, pleuré par une cantinière dotée d’un bidon. C’est Desaix, en un contrepoint doloriste à la parade triomphale de Bonaparte suivi de son état-major. À l’arrière-plan, sous les jambes antérieures du cheval du premier consul, se déroule la bataille. Le ciel occupe un tiers de la composition, marquée par un grand nuage blanc au centre duquel se détache la figure de Bonaparte, en évidence au point d’éclipser le fidèle Desaix en partie dans l’ombre.

 

Une harmonieuse insertion dans les collections du musée de Clermont

 Cette œuvre singulière rejoint d’autres œuvres liées à la figure de Desaix dans la collection du musée d’art Roger-Quilliot : La Mort de Desaix (marbre blanc, 1,75 x 2,77 x 0,60 m), un groupe monumental commandé en 1801 à Joseph Chinard par la Ville de Clermont-Ferrand pour orner la Fontaine Desaix, laissé inachevée et jamais mise en place, et La Mort du général Desaix, grand format (huile sur toile, 3,22 m x 2,59 m), réplique peinte vers 1810 par Jean-Baptiste Regnault (dépôt du musée du Louvre à Clermont-Ferrand en 1872).

Une fougueuse peinture d’histoire pour Clermont :

Sur les cimaises du musée, l’œuvre joue tout naturellement avec d’autres sujets liés à la Révolution, tels que La Mort d’un chef vendéen ou L’envahissement de l’Assemblée le 1er prairial an III (20 mai 1795), esquisse présentée par Thomas Degeorge au concours de 1831 pour orner la Chambre des députés sous la Monarchie de Juillet naissante.

 

 
Une fougueuse peinture d’histoire pour Clermont :

Article paru en septembre 2019 dans la Lettre de l'AMA n°

Christophe BEYELER est Conservateur du patrimoine, chargé du Musée Napoléon Ier et du cabinet napoléonien des arts graphiques.


[1] Je remercie Amandine Royer, conservatrice et directrice adjointe du MARQ, pour sa réactivité et sa générosité à partager sa documentation.

 

[2] Dans une étude en deux parties : « Jean Godefroy, peintre et graveur », Revue universelle des arts, 1862, tome 16, biographie p. 22-34 et catalogue de l’œuvre 96-107.

 

[3] Ibid., p. 33-34.

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