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Articles avec #musee roger-quilliot

La série du "Roland furieux"

17 Septembre 2004, 22:53pm

Publié par Hélène Alquier

article publié dans la

Lettre de l'AM'A, n°15,

Clermont-Ferrand, septembre 2004

 


Dans l’incipit le poète annonce :

« Je chante les dames, les chevaliers, les armes, les amours, les courtoisies, les audacieuses entreprises qui furent au temps où les Maures passèrent la mer d’Afrique et firent tant de ravages en France, suivant la colère d’Agramant leur roi sur le roi Charles, empereur romain ».

Ludovico Ariosto (1474-1533) dit l’Arioste s’inscrit  parmi les plus grandes figures de son temps, Machiavel, Castiglione et l’Arétin ou Rabelais. A la suite des grands recueils  des Dante, Pétrarque et Boccace pour lesquels les italiens se passionnent depuis la fin du Moyen-Age, il publie en 1516 Orlando Furioso, un roman chevaleresque considéré comme le sommet de la poésie épique italienne où l’on retrouve le merveilleux des romans arthuriens. Le siècle suivant verra les derniers grands romans de chevalerie avec le Don Quichotte de Cervantès et La Jérusalem Délivrée du Tasse où la foi triomphe lorsque Godefroy de Bouillon s’empare de Jérusalem lors de la Première Croisade ( Au musée , Herminie chez les Bergers  de G. Pedi relate un épisode de cette œuvre).

Pendant près de trente ans, quand les missions diplomatiques pour les Familles d’Este puis de Ferrare  lui en laissent le temps, l’Arioste retouche ce long poème de 46 chants. L’entreprise en effet est de taille : c’est une succession d’aventures mirifiques, de rencontres , d’affrontements fatals, d’enchantements. Les jeux courtois et les combats de chevalerie se mêlent dans les décors imaginaires de forêts et palais enchantés. Les  histoires  s’enchaînent , pleines de digressions et transportent le lecteur de Cathay en Afrique, d ’Ecosse en Egypte, des Pyrénées à Paris,  de Montauban à Marseille !

Les amours comme les batailles s’entrecroisent entre chrétiens et maures : Roland, preux guerrier de Charlemagne délaisse ses armées pour courir après Angélique une princesse orientale dont il est éperdument amoureux comme tant d’autres chevaliers. Roger, lui, champion du camp sarrasin, aime la chrétienne Bradamante. Avec son hippogriffe  il délivrera Angélique d’un monstre marin, épisode qui a inspiré tant de peintres. Bref, Charlemagne et Agramant ont bien du mal à maintenir leurs élites dans les rangs ! Tout finit bien cependant puisque Roger épouse à Paris Bradamante, dans un faste quasi royal grâce aux soins de la magicienne Mélisse ; de leur descendance naîtra une grande Maison, celle d’Este au service de laquelle l’Arioste commence sa carrière de poète.

Le Musée d’Art Roger-Quilliot a la chance de posséder 12 grandes toiles se référant aux aventures du Roland Furieux de l’Arioste et provenant du Château d’Effiat, un ensemble homogène fort rare et d’une grande qualité. Elles illustrent un épisode bien précis de ce poème sans fin, la folie de Roland. De retour de campagnes,  Roland découvre de multiples preuves de l’amour d’Angélique pour Médor, le fantassin maure qu’elle a recueilli blessé et soigné. Leurs initiales gravées et entrelacées sur tous les arbres et le récit de leurs amours que lui fait le berger qui les a accueillis, ne lui laissent plus de doute. Il sombre alors dans une terrible furie et, ne se maîtrisant plus face à cette trahison, il se soulage de cette trahison se déchaînant  sur les arbres, les hommes et les animaux qu’il rencontre. Zerbin, son ami, récupère ses armes disséminées dans la forêt, et les protège du sarrasin Mandricard qui veut s’en emparer comme d’un trophée. Durant le combat il est mortellement blessé et c’est dans les bras de sa bien aimée Isabelle, la belle païenne, qu’il  rend son dernier souffle.

L’étude de cette série d’Effiat est riche à maints égards. Elle incite à lire l’épopée et à savourer le style si poétique de l’Arioste. Elle met aussi à jour des thèmes intemporels comme l’Arcadie Heureuse,  la Belle et La Bête, la magie et les dilemmes éternels entre l’amour et la jalousie, l’amour et le devoir. Enfin elle aiguise notre curiosité : Etait-ce bien le Maréchal Antoine Coëffier Ruzé qui  passa une telle commande pour décorer la grande galerie de son château d’Effiat ? Quel message voulait-il dévoiler aux hôtes qu’il y recevait ? Et pourquoi avoir choisi ce chant XXIII où Roland perd la raison et, avec elle, les règles mêmes de la chevalerie ? Aurait-il  voulu laisser un avertissement à son bouillonnant fils Cinq Mars ?

 

 

 

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Le jugement de Paris, histoire d'une redécouverte

17 Septembre 2004, 22:46pm

Publié par AMA

article publié dans la

Lettre de l'AM'A, n°15,

Clermont-Ferrand, septembre 2004.

 

 

En 1968, madame John Sandifer, une riche américaine du Connecticut, offre au Musée des beaux-arts de Clermont-Ferrand, capitale de l’Auvergne,  une « tapisserie ancienne, en laine », en souvenir de son père, natif de notre région, qui avait quitté la France, dans les années 1930, pour les Etats Unis, où il fit fortune en créant une entreprise de fabrication de colorants.

Dans son courrier de don, Miss Sandifer, mentionne qu’elle souhaite honorer la mémoire paternelle en offrant une œuvre colorée au musée clermontois, parce que c’est l’art des couleurs qui  a apporté gloire et fortune à sa famille.

 

Cette tapisserie arrive malheureusement assez sale, avec une doublure en mauvais état et un système d’accrochage vétuste. En dépit des suggestions renouvelées des conservateurs au cours des décennies 1970-1980, sa restauration n’apparaît pas prioritaire dans l’immense chantier de restructuration du musée de beaux-arts qui se met alors en route…

 

C’est ainsi qu’après avoir été inventoriée [ n° 968.39.1] et –heureusement photographiée ( tirage en noir et blanc !) cette pièce tissée de très grandes dimensions [300 X 385 cm] va rejoindre les réserves du musée Bargoin, puis celles du nouveau musée à Montferrand … jusqu’à l’année 2004, où, Mme de Reyniès, conservateur général honoraire du Patrimoine National, - grande spécialiste des tapisseries française des XVII° et XVIII° siècles, demande à la voir, dans le cadre d’une étude scientifique.

Irène de Reyniès travaille depuis une dizaine d’années à répertorier les tapisseries réalisées d’après les cartons d’Isaac Moillon, peintre du Roi (1614–1663) . D’après les photographies qui lui ont été transmises, elle pense pouvoir attribuer la tapisserie clermontoise aux ateliers de tissage d’Aubusson, d’après une maquette de ce peintre du XVII° siècle, quelque peu tombé dans l’oubli…

 

La venue à Clermont-Ferrand d’Irène de Reyniès, accompagnée de Michèle Giffault, conservateur en chef du musée départemental de la tapisserie d’Aubusson, est l’occasion de dérouler la tapisserie emballée dans un simple kraft depuis quelques vingt ans ! Moment d’émotion lorsque nous découvrons ensemble la qualité de la pièce et son bon état de conservation ! S’impose à nous une tapisserie d’une grande finesse de tissage, à la composition élaborée, avec qualités du dessin et des modelé des personnages, délicatesse des coloris et une admirable fraîcheur des teintes ! De plus, cette tapisserie a conservé sa bordure d’origine,  au décor symbolique complexe qui indique que cette tapisserie (ou peut-être même toute une tenture du cycle) a vraisemblablement été commandée à l’occasion d’un mariage.

L’attribution de l’iconographie « Le Jugement de Pâris », élément de la tenture de l’Histoire de Pâris et d’Hélène , d’après Isaac Moillon est confirmée dès l’expertise de visu.

D’après les données historiques, et notamment des éléments d’archives, corroborés la manufacture du tissage, permettent d’avancer une datation entre 1652 et 1746, probablement la deuxième moitié du XVII° siècle.

 

Mesdames les conservatrices, associé à M. Sylvain Laveissière, conservateur au Musée du Louvre, sont en train de préparer l’exposition «  Isaac Moillon, un peintre du roi à Aubusson » et souhaitent emprunter la tapisserie, qu’elles qualifient d’emblée de « pièce exceptionnelle » !

 

Après accord de principe avec financement de la Ville de Clermont-Ferrand, une restauration prioritaire est donc programmée. Après études et devis comparés, la tapisserie est confiée à la manufacture royale De Wit, près de Malines. Cette équipe de restaurateurs spécialisés travaillent pour les grands musées, monument historiques et palais princiers du monde entier.

 

Il est décidé une restauration simple : dépoussiérage, enlèvement de la doublure ancienne fusée, nettoyage, doublage en lin pur, fixation d’un système d’accrochage.

 

L’engagement de ces travaux donne parallèlement l’opportunité :

-  de photographier la tapisserie, avec éclairage ad hoc, en ektachrome et sous format numérique ;

  l’ingénieux menuisier des musées fabrique un système de rouleau normalisé pour les transports

-  plusieurs collègues oeuvrent à l’enroulement avec papier de protection au ph neutre

- le service de conservation constitue un dossier d’œuvre et crée la fiche informatisée et suit la logistique des transports et du prêt à Aubusson via la Belgique

 

C’est ainsi, que de juin à octobre 2005, cette tapisserie a intégré, en belle place, la grande exposition du musée d’Aubusson consacrée à l’œuvre tissé d’Isaac Moillon et regroupant pour la première fois des tentures dispersées à travers l’Europe.

 

De retour à Clermont-Ferrand, cette tapisserie sera présentée pour un trimestre seulement – de mars à juin 2006 – dans l’atrium du musée d’art Roger-Quilliot.

 

En effet, il est apparu, que, c’est parce qu’elle est restée très longtemps à l’abri de la lumière  et des variations hygrométriques– que cette tapisserie a conservé au mieux ses coloris subtils, notamment dans les drapés jaune-or et mordorés – et dans le traitement exquis des carnations de Pâris et des déesses.

 

Il nous faudra donc nous résoudre à la re-conditionner en réserve pour quelques temps encore, afin de la préserver des U.V. nocifs aux teintures et aux structures des fils de laine et de soie. Elle sera, comme toutes les œuvres particulièrement fragiles, montrée seulement sporadiquement, afin que les générations futures aient aussi l’opportunité d’admirer les chefs d’œuvres de notre patrimoine !

 

                                                           Nathalie Roux,

                                                           Conservatrice en chef du Patrimoine,

                                                           Directrice du MARQ

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