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Une fougueuse peinture d’histoire pour Clermont

1 Octobre 2018, 10:18am

Publié par Christophe BEYELER,

le musée marqué par la figure de Desaix s’enrichit de la Bataille de Marengo traitée par Godefroy

Jean Godefroy : La Bataille de Marengo, Salon de 1834. Huile sur toile, 46,50 x 96 cm. Acquisition en vente publique. Clermont-Ferrand, musée d’art Roger-Quilliot [MARQ], inv. 2016.5.1. (cliché Florent Giffard).

Jean Godefroy : La Bataille de Marengo, Salon de 1834. Huile sur toile, 46,50 x 96 cm. Acquisition en vente publique. Clermont-Ferrand, musée d’art Roger-Quilliot [MARQ], inv. 2016.5.1. (cliché Florent Giffard).

  Né à Londres de parents français, Jean Godefroy (1771-1839), élève de Martel et de Simon, fut un graveur et un peintre. Remarqué en 1813 pour la gravure qu'il exécuta d'après la Bataille d'Austerlitz peinte par François Gérard, il ambitionna, sous la Monarchie de Juillet, de donner, quelque trente ans plus tard, à cette composition un pendant qu'il exposa au Salon de 1834, et que le musée d’art Roger-Quilliot a récemment acquis fort judicieusement1.

Une peinture de la main d’un graveur

  L’origine de l’œuvre est peu banale. Une gravure naît d’ordinaire de la copie, plus ou moins fidèle, d’un tableau préexistant – c’est précisément ainsi qu’agit Jean Godefroy en 1813 pour la Bataille d'Austerlitz, à partir de la scène imaginée par François Gérard. Dans le cas de la Bataille de Marengo, la démarche est exactement inverse, comme le relate son biographe Paul Lacroix2  :

« Il [Jean Godefroy] s'occupa ensuite de retoucher sa planche de la Bataille d'Austerlitz, et il espérait se reposer en jouissant de l'honnête aisance que son travail lui avait acquise. Mais des spéculations que les événements de 1830 rendirent malheureuses, le forcèrent de reprendre, en 1830, le pinceau qu'il avait abandonné depuis tant d'années. Il peignit un tableau de chevalet, représentant la Bataille de Marengo, pour faire pendant à la Bataille d'Austerlitz. Ce tableau, qui fut exposé au Salon de 1834, attira la foule pendant toute la durée de l'exposition. Il se mit ensuite à le graver, et il en avait presque terminé l'eau-forte, quand la mort vint le surprendre au milieu de son travail. »3

 

Le premier consul à l’honneur

  Une disposition en frise distingue deux groupes et une figure isolée. Sur le côté gauche est la masse de l’état-major français, bariolé de nombreuses coiffes, bicornes emplumés de tricolore, casque à crinière et bonnets d’ourson. En avant de cet état-major, Bonaparte monte avec une aisance souveraine son cheval, juché avec naturel sur une selle reposant sur un tapis pourpre rehaussé d’or, qui se détache sur la robe blanche de sa monture. Ce cheval, au profil accusé, se dresse sur ses deux jambes arrière, campé en une attitude qui relève plus d’une statue équestre que d’une galopade réelle sur un champ de bataille. Sur le côté droit, des soldats français apportent des drapeaux autrichiens frappés de l’aigle bicéphale.


   Le premier plan est jonché d’un affût de canon démonté, de cadavres, de préférence en uniforme de l’armée autrichienne. Au tout premier plan, un homme assis, vêtu d’un uniforme vert, agonise, pleuré par une cantinière dotée d’un bidon. C’est Desaix, en un contrepoint doloriste à la parade triomphale de Bonaparte suivi de son état-major. À l’arrière-plan, sous les jambes antérieures du cheval du premier consul, se déroule la bataille. Le ciel occupe un tiers de la composition, marquée par un grand nuage blanc au centre duquel se détache la figure de Bonaparte, en évidence au point d’éclipser le fidèle Desaix en partie dans l’ombre.

 

Une harmonieuse insertion dans les collections du musée de Clermont


  Cette œuvre singulière rejoint d’autres œuvres liées à la figure de Desaix dans la collection du musée d’art Roger-Quilliot : La Mort de Desaix (marbre blanc, 1,75 x 2,77 x 0,60 m), un groupe monumental commandé en 1801 à Joseph Chinard par la Ville de Clermont-Ferrand pour orner la Fontaine Desaix, laissé inachevée et jamais mise en place, et La Mort du général Desaix, grand format (huile sur toile, 3,22 m x 2,59 m), réplique peinte vers 1810 par Jean-Baptiste Regnault (dépôt du musée du Louvre à Clermont-Ferrand en 1872).

 

Une fougueuse peinture d’histoire pour Clermont
Une fougueuse peinture d’histoire pour Clermont

  Sur les cimaises du musée, l’œuvre joue tout naturellement avec d’autres sujets liés à la Révolution, tels que La Mort d’un chef vendéen ou L’envahissement de l’Assemblée le 1er prairial an III (20 mai 1795), esquisse présentée par Thomas Degeorge au concours de 1831 pour orner la Chambre des députés sous la Monarchie de Juillet naissante.

Une fougueuse peinture d’histoire pour ClermontUne fougueuse peinture d’histoire pour Clermont

Christophe Beyeler est Conservateur en chef du patrimoine chargé du musée Napoléon Ier et du cabinet napoléonien des arts graphiques au Château de Fontainebleau.

[article publié dans la Lettre de l'AMA n°29]

 


1/ Je remercie Amandine Royer, conservatrice et directrice adjointe du MARQ, pour sa réactivité et sa générosité à partager sa documentation.

2/ Dans une étude en deux parties : « Jean Godefroy, peintre et graveur », Revue universelle des arts, 1862, tome 16, biographie p. 22-34 et catalogue de l’œuvre 96-107.

3/  Ibid., p. 33-34.

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Une fougueuse peinture d’histoire pour Clermont :

1 Septembre 2018, 20:59pm

Publié par Christophe BEYELER

le musée marqué par la figure de Desaix s’enrichit de la Bataille de Marengo traitée par Godefroy

 

  Né à Londres de parents français, Jean Godefroy (1771-1839), élève de Martel et de Simon, fut un graveur et un peintre. Remarqué en 1813 pour la gravure qu'il exécuta d'après la peinte par François Gérard, il ambitionna, sous la Monarchie de Juillet, de donner, quelque trente ans plus tard, à cette composition un pendant qu'il exposa au Salon de 1834, et que le musée d’art Roger-Quilliot a récemment acquis fort judicieusement[1].

Une peinture de la main d’un graveur

  L’origine de l’œuvre est peu banale. Une gravure naît d’ordinaire de la copie, plus ou moins fidèle, d’un tableau préexistant – c’est précisément ainsi qu’agit Jean Godefroy en 1813 pour la Bataille d'Austerlitz, à partir de la scène imaginée par François Gérard. Dans le cas de la Bataille de Marengo, la démarche est exactement inverse, comme le relate son biographe Paul Lacroix[2] :

« Il [Jean Godefroy] s'occupa ensuite de retoucher sa planche de la Bataille d'Austerlitz, et il espérait se reposer en jouissant de l'honnête aisance que son travail lui avait acquise. Mais des spéculations que les événements de 1830 rendirent malheureuses, le forcèrent de reprendre, en 1830, le pinceau qu'il avait abandonné depuis tant d'années. Il peignit un tableau de chevalet, représentant la Bataille de Marengo, pour faire pendant à la Bataille d'Austerlitz. Ce tableau, qui fut exposé au Salon de 1834, attira la foule pendant toute la durée de l'exposition. Il se mit ensuite à le graver, et il en avait presque terminé l'eau-forte, quand la mort vint le surprendre au milieu de son travail. »[3]

la bataille de Marengo, penture par Jean Godefroy et la bataille d'Austerlitz, gravure par le même d'après François Gérard
la bataille de Marengo, penture par Jean Godefroy et la bataille d'Austerlitz, gravure par le même d'après François Gérard

la bataille de Marengo, penture par Jean Godefroy et la bataille d'Austerlitz, gravure par le même d'après François Gérard

 

Le premier consul à l’honneur

   Une disposition en frise distingue deux groupes et une figure isolée. Sur le côté gauche est la masse de l’état-major français, bariolé de nombreuses coiffes, bicornes emplumés de tricolore, casque à crinière et bonnets d’ourson. En avant de cet état-major, Bonaparte monte avec une aisance souveraine son cheval, juché avec naturel sur une selle reposant sur un tapis pourpre rehaussé d’or, qui se détache sur la robe blanche de sa monture. Ce cheval, au profil accusé, se dresse sur ses deux jambes arrière, campé en une attitude qui relève plus d’une statue équestre que d’une galopade réelle sur un champ de bataille. Sur le côté droit, des soldats français apportent des drapeaux autrichiens frappés de l’aigle bicéphale.
   Le premier plan est jonché d’un affût de canon démonté, de cadavres, de préférence en uniforme de l’armée autrichienne. Au tout premier plan, un homme assis, vêtu d’un uniforme vert, agonise, pleuré par une cantinière dotée d’un bidon. C’est Desaix, en un contrepoint doloriste à la parade triomphale de Bonaparte suivi de son état-major. À l’arrière-plan, sous les jambes antérieures du cheval du premier consul, se déroule la bataille. Le ciel occupe un tiers de la composition, marquée par un grand nuage blanc au centre duquel se détache la figure de Bonaparte, en évidence au point d’éclipser le fidèle Desaix en partie dans l’ombre.

 

Une harmonieuse insertion dans les collections du musée de Clermont

 Cette œuvre singulière rejoint d’autres œuvres liées à la figure de Desaix dans la collection du musée d’art Roger-Quilliot : La Mort de Desaix (marbre blanc, 1,75 x 2,77 x 0,60 m), un groupe monumental commandé en 1801 à Joseph Chinard par la Ville de Clermont-Ferrand pour orner la Fontaine Desaix, laissé inachevée et jamais mise en place, et La Mort du général Desaix, grand format (huile sur toile, 3,22 m x 2,59 m), réplique peinte vers 1810 par Jean-Baptiste Regnault (dépôt du musée du Louvre à Clermont-Ferrand en 1872).

Une fougueuse peinture d’histoire pour Clermont :

Sur les cimaises du musée, l’œuvre joue tout naturellement avec d’autres sujets liés à la Révolution, tels que La Mort d’un chef vendéen ou L’envahissement de l’Assemblée le 1er prairial an III (20 mai 1795), esquisse présentée par Thomas Degeorge au concours de 1831 pour orner la Chambre des députés sous la Monarchie de Juillet naissante.

 

 
Une fougueuse peinture d’histoire pour Clermont :

Article paru en septembre 2019 dans la Lettre de l'AMA n°

Christophe BEYELER est Conservateur du patrimoine, chargé du Musée Napoléon Ier et du cabinet napoléonien des arts graphiques.


[1] Je remercie Amandine Royer, conservatrice et directrice adjointe du MARQ, pour sa réactivité et sa générosité à partager sa documentation.

 

[2] Dans une étude en deux parties : « Jean Godefroy, peintre et graveur », Revue universelle des arts, 1862, tome 16, biographie p. 22-34 et catalogue de l’œuvre 96-107.

 

[3] Ibid., p. 33-34.

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UN PETIT BRONZE DE JULES CHADEL OFFERT AU MARQ PAR L’AMA

19 Septembre 2016, 18:16pm

Publié par Michel Ganne avec l’aide de Frédéric Manuch, documentaliste au MARQ

L’œuvre de notre compatriote Jules Chadel (1870-1941) a fait l’objet d’une superbe exposition au MARQ (7 novembre 2015 – 7 février 2016) dont le commissaire était Amandine Royer, conservateur du patrimoine et directrice adjointe du musée.

 Dessinateur, graveur, créateur de maquettes de reliures pour les bibliophiles les plus exigeants de son temps, Jules Chadel a excellé dans ces activités, mais on oublie qu’il a commencé comme sculpteur praticien de la pierre. Tout d’abord à Clermont, dans l’atelier d’Henri Gourgouillon et comme élève à l’Ecole des Beaux-Arts de la Ville. Parti à Paris à l’âge de 22 ans, ce fut son gagne-pain qui lui permit de suivre des cours à l’Ecole nationale des arts décoratifs. Il fut remarqué pour ses talents de dessinateur, puis embauché par de grands joailliers parisiens. 

Pendant ses études à l’Ecole des arts décoratifs, il dût participer à un concours organisé par les « Fabricants de bronzes de Paris ». Lauréat, son plâtre mérita d’être coulé par la célèbre fonderie Barbedienne. Il reproduit le buste de Jean-Jacques Rousseau par Houdon (1741-1828), la version conservée au Louvre datée de 1778. Rousseau est représenté en hermès avec un bandeau dans les cheveux. On remarquera l’esprit de synthèse de Chadel qui a retenu l’essentiel de cette sculpture sans s’attarder dans les détails (rides du front, implantation des cheveux) tout en gardant le beau drapé à l’antique. On retrouvera cette qualité dans ses dessins où il communique le mouvement par   quelques traits particulièrement efficaces.

Ce modeste objet acquis par l’AMA, dans une vente à Tours, quelques jours seulement avant le début de l’exposition n’a pu figurer au catalogue ;  néanmoins, il était mis en valeur dès l’entrée du parcours et restera dans les collections du MARQ  comme un rare témoignage d’un aspect méconnu de la carrière artistique du Clermontois « monté » à Paris.


 

Buste en bronze de Jean-Jacques ROUSSEAU par Jules CHADEL d’après Houdon. BARBEDIENNE fondeur.

Buste en bronze de Jean-Jacques ROUSSEAU par Jules CHADEL d’après Houdon. BARBEDIENNE fondeur.

Le buste repose sur un piédouche qui, lui-même, repose sur socle en marbre noir.

H. 20 cm ; l.8 cm ; P. 7, 5 cm

Inscription sur la plaque au niveau du socle : Réunion des fabricants de bronzes de Paris composition esquisse de Chadel Jules ; au dos, au centre cachet, circulaire avec tête de profil gravé :Reproduction mécanique COLLAS ; signé au-dessus : F.BARBEDIENNE. Fondeur.

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